Petit bout de chemin
Il gèle à Paris, le vent submerge mon corps pour s’incruster petit à petit entre mes traits les modelant comme de l’argile pour en ressortir de nouvelles sensations… cherchant un moyen pour posséder mes os et sculpter un frisson sur mon visage…
Le vent souffle glacial dans cette ruelle sombre… quelques rayons de lumière scintillent des fenêtres qui surveillent ma marche…
Je panique à l’idée de voir ce vent balayer mes traces sur ces pavés, que ces traces seront oubliées du temps et de l’espace… Je panique rien qu’en pensant que ces pas seront une simple hallucination automnale dans ma mémoire, que je ne suis que quelques traits dessinés par le bout de mes doigts sur le sable du temps, balayés de jour en jour par un souffle chaud, une brise douce avalant mes traits m’envoyant au-delà du temps…
Les pavés sont irréguliers mais monotones comme les jours. Je grimpe ce chemin, je choisi mon pas et mes pavés, je colore ce chemin par ma fumée… Combien j’aimerai arrêter cette marche et respirer… arrêter cette escalade, se reposer…
Mais ce Mistral est trop glacial…
J’aimerai me reposer, se réchauffer… écouter… sentir mes doigts bouger dans ces gants… sentir ce temps… être “présent” ou “passé”… être un p’tit bout d’histoire… un souvenir… un visage et sentir les rides, le temps… J’aimerai voir ces yeux parcourant mon regard, mes traits… rigolant quand je me perds dans mes pensées… mes doigts jaunis par ce tabac et la fumée enveloppant ce coin dans le café…
J’aimerai devenir plus qu’un spectre… plus qu’un souvenir…
J’aimerai devenir une idée qui respire… gravée sur le sable de l’éther…
Je continue ces pas, la ruelle est longue… très longue… et le mistral s’enfonce de plus en plus entre les pavés balayant mes traces…
