Depuis que je suis là, j’ai cherché quelques phrases, quelques mots de Mahmoud Darwiche,… j’ai fouillé toutes mes valises… et j’ai fini par trouver quelques poèmes, dans les coins de mes bloc-notes, dans ces dossiers plongés dans la poussière, une vrai poussière imbhibé d’humidité, de cendres, et de souvenirs…
j’ai trouvé donc quelques fragments qui n’ont pas suffit à calmer toute cette nostalgie, et une envie affolante de se perdre avec ces mots si étranges…
..
et là je découvre une mine de poèmes de Mahmoud Darwiche, certes, traduites en français,… mais, tout ce qu’il faut pour ouvrir une toute petite fenêtre, et sentir quelques rayons de lumières …
Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir.
(…)
[A un poète]
Chaque fois que l’absence t’a abandonné,
Tu t’es trouvé impliqué dans la solitude des dieux.
Sois donc “le dedans” errant de ton dehors
Et “le dehors” de ton dedans,
Sois présent dans l’absence.
(…)
Est-ce le siège à Ramallah que Darwiche est en train d’évoquer,…
N’est-ce pas le siège permanent qu’on vit à chaque fois qu’on cherche l’horizon, et que l’on découvre juste dans l’immeuble en face, ou dans l’affiche publicitaire du dernier Soda,… ou dans la masse d’individus, de chaires qui parcoure le trottoir…
le siège partout,… plus glacial en face de cette tour d’acier,… plus mélancolique à côté de cette seine sombre…
Un jour je serai ce que je veux.
Un jour je serai une idée qu’aucun glaive ne porte
A la terre désolée, aucun livre …
Une idée pareille à la pluie sur une montagne
Fendue par la pousse d’un brin d’herbe.
Et la force n’aura pas gagné,
Ni la justice fugitive.
Un jour je serai ce que je veux.
Un jour je serai oiseau et, de mon néant,
Je puiserai mon existence. Chaque fois que mes ailes se consument,
Je me rapproche de la vérité et je renais des cendres.
Je suis le dialogue des rêveurs.
J’ai renoncé à mon corps et à mon âme
Pour accomplir mon premier voyage au sens,
Mais il me consuma et disparut.
Je suis l’absence. Je suis le céleste
Pourchassé.
Un jour je serai ce que je veux.
Un jour je serais poète
Et l’eau se soumettra à ma clairvoyance.
Métaphore de la métaphore que ma langue
Car je ne dis ni n’indique
Un lieu. Et le lieu est mon péché et mon alibi.
Je suis de là-bas.
Mon ici bondit de mes pas vers mon imagination …
Je suis qui je fus, qui je serai
Et l’espace infini me façonne, puis me tue.
(…)
Murale
Ces mots résonnennt toujours dans ma tête, même dans le sommet du désespoir,… dans le top de l’euphorie. Peut être bien pour ne pas perdre le pas, l’itinéraire que que m’a soufflé le vent,peut être aussi pour ne pas arracher mes yeux, ne pas crever mes pupilles ou pour ne pas pendre ces petites créatures qui voltigent partout autour ruissilant un petit chant gothique, et dansant un rythme tzigan comme une prière encore pour l’âme soulée de la brise, le frisson de la hauteur, d’un vol…
DISCOURS DE L’HOMME ROUGE
I
Ainsi, nous sommes qui nous sommes dans le Mississippi. Et les reliques d’hier nous échoient. Mais la couleur du ciel a changé et la mer à l’Est a changé. O maître des Blancs, seigneur des chevaux, que requiers-tu de ceux qui partent aux arbres de la nuit ? Elevée est notre âme et sacrés sont les pâturages. Et les étoiles sont mots qui illuminent … Scrute-les, et tu liras notre histoire entière : ici nous naquîmes entre feu et eau, et sous peu nous renaîtrons dans les nuages au bord du littoral azuré. Ne meurtris pas davantage l’herbe, elle possède une âme qui défend en nous l’âme de la terre. O seigneur des chevaux, dresse ta monture qu’elle dise à l’âme de la nature son regret de ce que tu fis à nos arbres. Arbre mon frère. Ils t’ont fait souffrir tout comme moi. Ne demande pas miséricorde pour le bûcheron de ma mère et de la tienne.
(…)
Au dernier soir sur cette terre